La narcose
Ce qui se passe
Sous pression, l'azote que tu respires ne se contente plus de traverser ton corps : il agit sur ton système nerveux. C'est la narcose. On l'appelle aussi l'ivresse des profondeurs, et la comparaison dit l'essentiel — ce n'est pas une lésion, c'est un état.
Elle ne casse rien et ne laisse pas de séquelle. Le danger n'est donc pas la narcose : c'est ce qu'un plongeur narcosé décide de faire.
Deux choses la distinguent de tous les accidents que tu connais depuis le niveau 1 :
- elle s'installe sans prévenir — sans douleur, sans rien qui ressemble à un signal d'alarme — et son intensité suit la profondeur, pas le temps passé ;
- elle touche d'abord le jugement — c'est-à-dire l'outil qui devrait la repérer.
C'est pour ça qu'on compte sur son équipier plus que sur soi-même.
Elle n'est jamais la même deux fois
Deux plongeurs à la même profondeur ne la ressentent pas pareil. Le même plongeur ne la ressent pas pareil d'un jour à l'autre. Cette variabilité fait partie de la définition, elle n'est pas un détail.
Ce qui la favorise : le froid, la fatigue, le stress, l'effort, l'essoufflement, une descente rapide, l'obscurité ou une mauvaise visibilité.
Elle devient une préoccupation réelle dans la zone où tu vas désormais évoluer. Mais aucune profondeur ne la déclenche à coup sûr, et il n'existe pas, dans cet espace, de profondeur où l'on puisse la considérer comme impossible — s'attendre à un seuil, c'est déjà se tromper.
Ce qui doit t'alerter
Chez ton équipier — c'est là que ça se voit : une réponse à côté du signe que tu viens de faire, un comportement inhabituel, une fixation sur un détail, des gestes ralentis ou désordonnés, une euphorie ou au contraire une angoisse qui ne colle pas à la situation, un plongeur qui ne regarde plus ses instruments.
Chez toi — beaucoup plus difficile, et c'est tout le problème. Se sentir particulièrement bien, à une profondeur inhabituelle, mérite qu'on regarde son profondimètre plutôt que d'en profiter.
Ce qui la fait céder
Remonter. Quelques mètres suffisent le plus souvent, et l'effet s'estompe rapidement.
C'est ce qui rend la narcose particulière parmi les accidents de plongée : le remède est immédiat, et il se trouve à quelques mètres au-dessus de toi. Raison de plus pour ne pas attendre d'être sûr.
Devant un équipier au comportement inhabituel en profondeur, on remonte de quelques mètres — avant de chercher à comprendre.
Ce qu'on fait
- Descendre progressivement, et accepter que l'accoutumance à la profondeur se construise sur plusieurs plongées, pas sur une.
- Ne pas plonger fatigué, ni juste après un effort, ni en ayant déjà froid.
- Se surveiller mutuellement : c'est l'équipier qui voit, pas le narcosé.
- Regarder ses instruments régulièrement — oublier de les regarder est déjà un signe.
- Ne pas descendre « juste un peu plus » pour voir quelque chose.
Tu la rencontreras peut-être en découvrant la zone des 40 mètres, avec ton guide. C'est lui qui fixe la profondeur et le rythme de la descente, et c'est lui qui te surveille pendant que tu apprends à surveiller ton équipier.
Source : MFT FFESSM N2 (PA20 – PE40), décembre 2025, p. 20, p. 16, p. 15, p. 9 et p. 4.
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